Une visite d’Océanopolis (Brest) en compagnie de J.-P. Alayse.
Cet article a pour objectif de vous faire partager ma visite d’Océanopolis, le 30 mars 2007, guidé par son conservateur, Jean Paul Alayse, enrichie des informations originales qu’il a bien voulu partager avec moi. C’est aussi une manière de le remercier pour son accueil amical et chaleureux.

Les autres Figure s sont à placer au dessus des légendes identifiée par leur n°.
1-Introduction
L’excellente réputation d’Océanopolis n’est plus à faire. Plus qu’un simple ensemble d’aquariums, il s’agit d’un complexe rassemblant salle de conférence, spectacles audio-visuels, expositions temporaires (en ce moment les expéditions polaires), et tout le nécessaire à l’accueil du grand public (restaurants, boutiques, librairie,…), et des scolaires (centre de documentation, équipe d’animateurs pédagogiques,…).
Vous trouverez l’essentiel des informations sur le site officiel :
http://www.oceanopolis.fr/intro.htmou bien sur des sites aquariophiles (liste non exhaustive) :
http://www.reef-guardian.com/le-complexe-oceanopolis-a-brest-1383-article.htmlhttp://www.leszoosdanslemonde.com/html/zoo_monde/europe/zoo_france/brest/brest.htm, très riche en données techniques.
Il n’y a pas lieu d’y revenir dans ce compte-rendu qui va se concentrer sur les informations originales données par J.-P. Alayse au cours de la visite de la partie aquarium et de ses annexes.
2-Données techniques
Les bassins d’exposition du complexe Océanopolis se regroupent selon trois pavillons en référence aux trois grandes zones climatiques de la planète : tempéré, polaire et tropical

Plan du complexe Océanopolis avec le pavillon tempéré (en bleu outremer n°5), le pavillon polaire (en bleu foncé n°9), et le pavillon tropical (en bleu clair n°10).
L’eau est prélevée en rade de Brest selon un système anti-fooling original qui simplifie l’entretien. Trois tuyaux pompent l’eau à la place d’un seul. Ils sont chacun leur tour, alternativement, mis en anoxie pendant plusieurs jours en les bouchant à leurs deux extrémités. Avant la remise en fonction d’un tuyau donné, la biomasse morte qu’il contient est évacuée par une chasse.
En préalable à son admission, l’eau est systématiquement filtrée mécaniquement, et spécialement stérilisée par UV pour les pavillons polaire et tropical. du pavillon tempéré, polaire et tropical est renouvelée respectivement à raison de 10 %, 2 % et 1 % par heure. C'est de l'eau "usagée" qui sort du tempéré qui est utilisée dans le pavillon polaire car sa qualité, après filtration mécanique, stérilisation par UV et réfrigération, est suffisamment "bonne" pour les manchots et les phoques qui, parce qu'ils ne respirent pas dans l'eau, peuvent supporter sans problème un léger enrichissement en matières azotées.
Dans cette situation, aucun ajout n’est nécessaire pour maintenir les paramètres physico-chimiques de l’eau. Pas d’ajout de calcium ou de carbonate, ni de filtration dénitrifiante.
La plupart des bacs est dotée d’une filtration mécanique autonome. Les bassins tropicaux disposent d’une stérilisation UV (Figure 2) et peuvent être mis en circuit fermé en cas de traitement de maladie.
Les rejets d'eau de mer sont filtrés mécaniquement et stérilisés par Ozone qui "brule" tout par oxydation (et non par UV, pas assez efficace pour éviter les éventuels risques "d'évasions" de pathogènes, de larves et/ou de spores d'origine exotique).

Système de filtration en présentation dans le pavillon tropical.
En sortie, les calories du pavillon tropical et les frigories du pavillon polaire sont récupérées par des échangeurs thermiques. Les eaux sont filtrées mécaniquement et stérilisées par UV avant rejet.
L’autonomie de l’aquarium, sans prélèvements d’eau extérieure, est d’au moins une semaine, ce qui permet de faire face à une éventuelle pollution extérieure (ce qui n’est jamais arrivé).
2-La visite
Pour célébrer de l’année polaire internationale, Océanopolis organise une exposition temporaire qui était en préparation lors de mon passage (Figure 3).

A gauche : à coté de la tente montée pour accueillir l’exposition polaire, un authentique chenillard de l’Institut Paul Emile Victor totalement rénové par une association locale. A droite : dans le forum (bâtiment 8 de la Figure 1), la maquette grandeur nature d’une gigantesque baleine
Nous rentrons dans le bâtiment tropical pour découvrir un premier ensemble de bacs consacrés aux requins. L’idée est ici de se départir de l’image d’Epinal faisant du requin un monstre sanguinaire, pour présenter les requins dans toute leur diversité biologique.
Dès l’entrée, à droite, un requin zèbre (Stegosoma fasciatum) vous accueil, la photo n’est pas facile, je vous en fait grâce. Reste qu’avec ses cannelures dorsales, il fait vraiment penser à un requin baleine, dont il est proche parent mais en bien plus petit (2,35 m maximum sur FishBase). Il présente en outre une queue bien plus développée qui le différencie nettement de son cousin.
Un peu plus loin à gauche, c’est le bac aux requins dormeurs (Heterodontus). Avec leurs sourcils proéminents, il ont un profil très caractéristique (Figure 4). Leur bouche terminale est dotée d’une denture complexe adaptée au broyage des crustacées, mollusques et oursins, d’où leur nom. Le seul véritable danger de ces requins se situe au niveau des aiguillons venimeux des nageoires dorsales, caractère qu’ils partagent avec les requins fossiles. Ils se reproduisent régulièrement à Océanopolis et leurs œufs, comble de l’étrange, sont entourés d’une spirale ! (Figure 4)

Requin dormeur avec ses œufs en spirale, conservés dans la partie annexe de l’aquarium.
Le grand bac aux requins, à droite, présente des requins taureaux (Carcharias taurus) toujours très impressionnants avec leurs mâchoires débordant de dents, ainsi que des requins pointes noires et pointes blanches. En empruntant l’ascenseur panoramique qui permet de faire une incursion dans la masse d’eau du bassin de 750 m3, J.-P. Alayse me confie les difficultés qu’il a rencontré à acclimater une espèce de requin plus rare en aquarium. Cette espèce doit se déplacer en permanence pour respirer. Dans ses mouvements il se heurtait sans cesse aux bordures du bac et se blessait le museau. Même s’il en porte encore les cicatrices (Figure 5), il semble que tout soit rentré dans l’ordre.

Un des requins s’est blessé le museau en se heurtant aux bords du bac.
Le conservateur m’emmène dans la partie annexe de l’aquarium (Figure 6) pour me montrer les expériences en cours. Dans les bacs éclairés par des HQI en complément de l’éclairage naturel, les coraux photosynthétiques sont multipliés par bouturage ou par reproduction sexuée.
Les morceaux de coraux branchus sont enfoncés dans des tubes plastic de laboratoires fichées dans des grilles ou bien suspendues avec du fil de pêche.
La reproduction contrôlée a été obtenue pour Favia fragum et Pocillopora damicornis par Chaillé de Néré et al. à Océanopolis qui ont présenté au programme SECORE leurs résultats dans un poster dont voici le résumé.
Ces deux espèces sont des coraux à fécondation interne. C'est-à-dire que les mâles expulsent leur gamètes et la fécondation a lieu, non pas en pleine eau, mais dans la cavité gastrique de la femelle, là où sont maintenus les ovules. Ainsi, le corail expulse-t’il des planulae déjà bien formées qui vont se fixer rapidement, réduisant d’autant la durée du stade planctonique si difficile à maintenir en aquarium.
En pratique, les pieds reproducteurs sont enfermés chaque nuit dans des tubes de PVC ajourés et entourées d’un grillage de 250 micron qui maintien les planulae et facilite leur récupération une à une le lendemain matin (Figure 8). Les planulae sont ensuite déposée à part dans des piluliers avec un morceau de céramique sur lequel elles vont se fixer dans les 48 à 72 h.
Dans la nature, la reproduction interne évite aux coraux mâle et femelle de synchroniser la production des gamètes. Il n’est reste pas moins que la lune influence la production de planulae qui a lieu surtout entre le 11ème et le 13ème jour après la nouvelle lune.

Annexe de l’aquarium
. Au dessus, éclairés en complément de l’éclairage naturel avec des HQI, les bacs d’invertébrés photosynthétiques.

Bouturage de coraux durs
. Au dessus, les morceaux de coraux branchus sont enfoncés dans des tubes plastic de laboratoire qu’il recouvrent avec leur croissance. En dessous, les boutures sont suspendues à du fil de pêche, suis se développement tellement qu’elle doivent à nouveau être bouturées.

Reproduction de coraux durs (à gauche de haut en bas, puis à droite de bas en haut)
Les pieds reproducteurs sont placés dans des enceintes plastique pour retenir les larves qui sont prélevées puis placés dans des pilulier avec un cube de céramique. Les céramiques sont disposées dans des grilles afin que les jeunes pousses se développent.
A coté, les bac de poissons-clowns reproducteurs contiennent chacun un couple, une anémone et une plaque plastique. Une espèce néocalédonienne peu commune a été ramenée par les chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Elle se reproduit à Océanopolis sans problème (Figure 9). Le contrôle de la reproduction des poissons clown a permis au chercheurs de l’IRD de préciser la signification de différentes marques sur les otolithes (os de l’oreille interne utilisés comme « archive biologique », pour déterminer l’âge au jour près dans le cas présenté sur un poster disposé dans le couloir).

Poisson clown gardant sa ponte.
La sophistication de l’installation ne la met pas à l’abris des petits tracas habituels communs à tous les bacs : algues filamenteuses et planaires pullulent dans les bacs très éclairés (Figure 10), pendant que cyanos et algues rouges se développement dans les autres. L’introduction de prédateurs n’y fait malheureusement pas grand-chose !

Algues filamenteuse et planaires dans les bac éclairés au HQI.
Une culture très bien maitrisée est celle du phytoplancton, des rotifères et des artémias qui disposent de salles dédiées (Figure 11). La préparation des aliments se fait en « cuisine ».

Salle de cultures de phytoplancton, salle des bac à rotifères et « cuisine ».
Enfin, la plus grande fierté de J.-P. Alayse : une salle de prise de vue.

Salle de prise de vue.
J’ai terminé ma visite par moi-même dans les parties tempérées et polaires dont vous trouverez les clichés dans la suite.

Dans le pavillon tempéré, le St Pierre porte un point noir de part et d’autre de son corps très plat, censé être la marque de brûlures des doigt du saint. L’hippocampe n’a rien à envier à ses cousins des tropiques. La langoustine vit dans des terriers qu’elle construit au sein des grandes vasières au large du Golf de Gascogne.

Au dessus, les chichards se singularisent par une ligne latérale en arc de cercle au dessus des pectorales tandis que le grondin présente des nageoires pelviennes et anales rouges (les rayons qui luis servent à « marcher » sur le sol sont repliés).

Malgré l’éclairage difficile pour la prise de vue, on voit bien la courbure du bac à méduses qui doit limiter les angles pour éviter qu’elle ne s’agglutine dans un coin.

Dans le pavillon polaire, les Lompes qui donnent de si nombreux œufs viennent piper de l’oxygène en surface faute d’une température assez basse et les anémones très colorées sont de véritables vedettes.
Difficile de résister à un dernier passage dans le pavillon tropical…

Antias mâle
. Vue générale du bac avec un corail en reproduction et des algues calcaires (Halimeda).

Des chirurgiens…

Et le bac Caraïbe avec son banc de Carangues (en bas), sa tortue et les Zeus faber (en haut à gauche) dans le bassin de sortie.