La plupart des coraux que nous maintenons dans nos bacs sont adaptés à des conditions de brassage bien précises. Il serait bien illusoire de penser reconstituer leur environnement naturel sans accorder une grande importance au brassage. Malheureusement, on constate très souvent que le brassage de nos bacs n’est pas assez élaboré.
Les mouvements de l’eau sur le récif
Trois types de mouvements se partagent l'hydrodynamisme sur le récif corallien :
- La houle correspond à un mouvement de va-et-vient, un brassage irrégulier. Ce type de brassage est primordial pour de nombreux invertébrés sessiles, en particulier les alcyonaires. Le mouvement de va-et-vient expose alternativement les polypes à la lumière et augmente l'efficacité nutritionnelle de chaque polype tout en favorisant de meilleurs échanges métaboliques et gazeux avec le milieu.
- Les turbulences sont les mouvements aléatoires de l'eau dans toutes les directions. N’ayant pas de possibilité de mouvement les Madréporaires apprécient les fortes truculences en complément de l'effet de houle.
- Les flux laminaires sont des courants unidirectionnels. Ils sont d'un intérêt moindre que les deux précédents pour les invertébrés.
Beaucoup d’organismes récifaux prospèrent dans un milieu très mouvementé : la plupart des octocoralliaires et des scléractiniaires branchus ne survivent pas à un brassage insuffisant. D’une manière générale, aucune zone morte ne doit persister dans le bac. Un brassage efficace élimine les déchets qu’excrètent les coraux du type Actiniaires, corallimorphaires, Zoanthaires et tridacnes, et la sédimentation.
Méthodes de brassages
Dans un bac récifal, le brassage est obtenu par des pompes ou par des systèmes mécaniques. Nous pouvons distinguer deux types de pompes :

1/ Les pompes à moteur asynchrone non-submersibles sont des produits de choix pour l'aquarium récifal : refroidies par air, elles ne surchauffent pas l'eau. Leur encombrement dans le bac se limite à leur tête de turbine. Ces pompes, dont le prix est relativement élevé, autorisent un fonctionnement sur variateur électronique ou générateur de pulsation. Leur principe de fonctionnement implique une faible hauteur de refoulement, c'est pourquoi leur utilisation dans un filtre est à proscrire.
2/ Les pompes submersibles à moteur synchrone sont les plus répandues car moins chères. Leur encombrement et la surchauffe peuvent être problématiques. Le moteur synchrone étant incompatible avec les générateurs de pulsations, on les associera à des programmateurs classiques ou de pulseurs à commutation douce « bricolés » pour générer des flux alternatifs. Par contre, ce type de pompe n’apprécie pas toujours ces redémarrages successifs et ce mode de fonctionnement diminue leur durée de vie. De plus, certaines de ces pompes refusent de redémarrer sans être préalablement secouées.
Il existe une pompe pour chaque usage. Une pompe de brassage possède une sortie d’eau large et assure un fort débit. Ce n’est pas le cas de toutes les pompes disponibles sur le marché aquariophile. Les pompes prévues pour la remontée d’eau d’un filtre sous aquarium, ou les pompes d’écumeur ne conviennent pas, car elles génèrent des flux cisaillants qui agissent comme des pointes d’aiguilles sur les coraux. Nous parlons de flux cisaillants à partir d’une pression de sortie de 1.5 m pour un diamètre de sortie de 8 mm et un débit supérieur à 1000 L/H.
Les systèmes mécaniques sont réservés aux très bons bricoleurs, mais le résultat est souvent très efficaces :
1/ Les boites à vagues :
Le principe est simple : une pompe remonte l’eau de la cuve à décantation, remplit un baquet monté sur un axe décentré et muni d’un contre-poids. Lorsque celui-ci est rempli, il se déséquilibre et bascule, vidant rapidement son contenu dans l’aquarium.

2/ Le système de Carlson :
Le nom de ce système provient du Dr Bruce Carlson, de l’aquarium de Waikiki. Le principe repose sur le démarrage automatique d’un siphon lors de son inondation. Ce système demande un entretien régulier et très sérieux.

3/ Le système de la chasse d’eau :
Le système est basé sur l’utilisation d’un mécanisme de chasse d’eau à clapet. Celle-ci est automatiquement actionnée par un flotteur lorsque le niveau d’eau est suffisamment haut dans le récipient. L’eau se vide alors très rapidement dans l’aquarium. L’espacement des déversements dépend uniquement de la contenance du récipient et de la puissance de la pompe.

Les divers types de brassages
Brassage à flux constant:
C’est ce que produit toute pompe à eau qui génère un flux laminaire. C’est la situation ordinaire de beaucoup de bac. Le flux constant permet un balayage de tout le bac et n’est pas négligeable.
Brassage par vagues:
Ce brassage ne peut être reproduit qu’avec l’aide de dispositif électronique qui génère des flux alternatifs de 1 seconde à 3 minutes (Powertime, Wavemaster, pulseurs à base de NE555 « bricolés » etc.). Les pompes fonctionnent de manière séquentielle, et produisent un effet de balancement sur les animaux (houle).
Reconstitution de marée ou flux opposés:
Cette méthode permet l’inversion totale du sens de brassage à des intervalles de 3 à 6 heures, ce qui permet de reproduire un cycle de flux et reflux assez naturel. La mise en œuvre est relativement simple avec des programmateurs horaires. Cette méthode agit sur le décollement des sédiments et rend la filtration mécanique beaucoup plus efficace.
L’association de ces trois méthodes est réalisable dans un bac. Le flux constant est généré par la remontée de la filtration, les flux séquentiels seront générés par des pompes de brassage couplées sur un pulseur, (ou par des systèmes mécaniques). Cette combinaison produira la formation de nombreuses turbulences. Et pour finir les flux opposés peuvent être réalisés à l’aide d’une deuxième pompe, disposée à l’opposée de la pompe qui génère le flux constant. Pour information, une société française propose un système complet à base d’électrovannes pilotées par un boîtier électronique. L’avantage de ce système c’est qu’il ne nécessite pas une multitude de pompes.

Disposition dans le bac
Que l'on utilise des générateurs d'impulsions ou non, il est conseillé de brasser 10 à 15 fois le volume brut du bac. Pour des aquariums récifaux, l'utilisation de pompes d'un débit avoisinant 1000 l/h représente un bon compromis pour une bonne répartition des sources de brassage. Plusieurs petites pompes donnent de meilleurs résultats et permettent d’obtenir les principales actions du brassage décrites ci-dessus. Les sorties de pompes de brassage et de circulation doivent être orientées parallèlement à 2-3 cm de la surface pour assurer une interaction air-eau optimale, ce qui permet un enrichissement de l’eau en oxygène. La circulation (remontée de la décantation) doit brasser le bac longitudinalement, afin d’assurer le traitement de toute la masse d’eau, tandis qu’il est plus préférable que le flux des pompes de brassage soit réparti transversalement. De cette manière, on favorise les échanges gazeux en surface mais aussi au plus profond des recoins du bac. Si l’on dirige les pompes de brassage vers la vitre frontale, on permet au décor de jouer pleinement son rôle d’épuration et l’on évitera les dépôts excessifs de sédiments, ce qui accélérera le pouvoir de la filtration mécanique.
Le brassage est plus difficile à mettre en pratique qu’il n’y parait. Tout comme le dimensionnement d’un écumeur, le brassage a son importance et contribue à une assurance longévité pour la plupart des invertébrés du bac. De plus, l’action des micro-organismes au niveau du décor est fortement renforcée et contribue efficacement à l’épuration biologique du bac. De ce fait, lorsque vous intégrez la partie technique à votre bac à l’indispensable écumeur, à l’incontournable HQI, n’oubliez pas de lui adjoindre une bonne méthode de brassage.
Article soumis par Gevernier