Distribution océan indien, en particulier les Maldives, pas en Mer Rouge
C’est un des plus beaux chirurgiens, ceci n’engageant que moi.
D’ailleurs tout ce qui suit n’engage que moi, et s’il y a des erreurs ou des observations non généralisables, j’en assume la responsabilité, cet article ne vaut qu’en tant que présentation d’une expérience personnelle, d’un vécu.

Le bac :
Vu sa sensibilité, un bac de bon volume (500l) sans autre gros poisson lui est préférable. Il est territorial et agressif envers les autres chirurgiens dont le pattern de coloration lui est proche. C’est un nageur actif et un bac d’un bon volume et bien brassé semble lui être préférable. Attention aux variations de température qui provoque très (trop) facilement une crise de points blancs. Le leucosternon a une peau très sensible et est sujet a beaucoup d’infection de l’épiderme. Il semblerait que la maintenance dans des bacs à poissons, sans coraux, soit plus facile. Serait-il sensible aux mucus des coraux ou à d’autres composés produits pas eux ? Si vous en avez fait l’expérience, j’attends vos commentaires … Par ailleurs, des cas de prédation sur les coraux ont été notés. Mais était-il assez nourri, trop stressé … Je pense que ça reste assez anecdotique.
L’acclimatation :
elle est difficile dans la plupart des cas. Déjà à l’achat, il faut choisir un poisson bien coloré (peu stressé) ce qui n’est pas évident et si possible avec un bon ventre bien rebondi, ce qui est encore plus rare. Ce dernier facteur semble être lié à la majorité des cas d’acclimatations réussies. Visiblement, les poissons venant des Maldives seraient plus résistants, mais il n’est pas toujours évident de savoir exactement d’où viennent les poissons que l’on trouve en magasin …
Ensuite, il faut l’habituer à manger le plus diversifié possible : granulés, paillettes, algues séchées, banane, artémias … S’il refuse de manger, les artémias vivantes devraient l’aider à se mettre en appétit. La salade et les épinards ne sont que des produits de substitution à court terme, il est préférable de lui fournir des algues (style nori, dans tous les bons magasins chinois), les algues ‘dennerle’ (beaucoup plus chères) sont très appréciées par le notre. Les chirurgiens semblent ne pas avoir un système digestif très efficace, et il leur faut beaucoup de nourriture pour finalement peu d’énergie apportée. D’où l’utilité de la banane, des granulés et paillettes, des œufs de poisson qui sont très riches. Notre leuco apprécie particulièrement les granulés AFT, mais c’est à chacun de voir comme son poisson réagit, quitte à essayer 10 sortes de nourritures sèches avant de trouver la bonne. Maintenir un tel poisson vaut bien d’insister un peu.
Notre expérience :
Je détaille pour ceux que ça intéresserait notre configuration de bacs et l’historique de notre leucosternon. C’est ‘une’ expérience et elle n’est sûrement pas une référence, mais nous avons fait des erreurs, autant les partager pour les éviter à d’autres.
On savait que c’était un poisson difficile mais on connaissait des personnes ayant réussi et on aimait vraiment beaucoup ce poisson. Donc après quelques recherches biblio, discussion avec des heureux propriétaires et quelques très bons animaliers (si si il y en a), on a décidé de se lancer.
Notre bac a un volume brut de 540l mais est en circuit avec une décant, un refuge de 80l et un récifal de 250l, ce qui fait un volume d’eau réel de 1000l donc assez constant dans tous ses paramètres. Nous avons en tout une 12zaine de poissons, tous de taille réduite : couple de mandarins dans le 250l, et couple de clowns ocellaris, salarias fasciatus, valentienna strigata, 2 gobiodons okinawae, centropyge bispinosus, centropyge flavissimus, pseudochromis fridmanni, 2 cryptocentrus cinctus dans le 540l. Le bac acheté d’occasion 6 mois auparavant avait quelques belles années de fonctionnement derrière lui. Les quelques 200kg de pierres vivantes étaient pour la plupart aussi âgées que bac, un écumeur aquavie EPS 800 et un cyclone dans la décant, le brassage est d’environ 20 fois. Le bac ne contient que des algues supérieures rouges (très nombreuses mais visiblement pas intéressantes pour un leuco) et un peu de caulerpa prolifera
Le premier leuco a été acheté très maigre ce qui était une grosse erreur. Ils s’en remettent rarement. Après 2 mois, un nourrissage intensif, il commençait à avoir un bon petit ventre et on se croyait tiré d’affaire. Un matin, on a découvert notre leuco avec un grosse tache blanc grisâtre, filamenteuse sur le flanc, en arrière de la nageoire. Impossible de le choper, il nage bien, il mange. On laisse évoluer tout en faisant un traitement à la vitamine C . Le lendemain, la tache s’est étendue, on décide de le pêcher à tout prix mais il est trop vif. Il nous fera une crise de points blancs par dessus. Le lendemain, c’est fini, on peut l’attraper parce qu’il est au fond du bac. On essaye un traitement mais il meurt dans la nuit. Il entraînera un couple de clowns et un couple de mandarins (reproducteurs) avec lui dans la semaine qui suit.
Un peu dégoûtés, on traite le bac à la vitamine C pendant 2 mois, ne sachant pas trop si on va retenter l’expérience.
Quelques mois plus tard, on en trouve un assez beau pour nous redonner envie tenter l’expérience. Il vient à peine d’arriver mais est très coloré. L’animalerie nous le réserve pendant une semaine (ce qui n’est pas toujours possible et pourtant le devrait ! ! !). On revient donc une semaine après (20 avril 2002) et on le trouve dans une grosse crise de points blancs. On hésite mais il est toujours coloré et mange bien devant nous. De retour, on l’acclimate en 1/2h (température et densité). (On a déjà fait l’erreur d’acclimater trop doucement et on a perdu un poisson). D’entrée, il picore des algues rouges sur les pierres (sorte de corallines rouge-bordeaux un peu duveteuses). Puis se met très rapidement aux algues séchées. Par la suite, il mettra 3 jours à goûter et apprécier les granulés, 2 jours pour la banane. Je lui mets des algues séchées 2 fois par jour en alternant nori et algues dennerle, une rondelle de banane 1 fois par semaine ou moins. Les poissons sont nourris tous les jours en diversifiant au maximum : artémias vivantes ou congelées, moules, coques, œufs de poissons, krill, mysis, divers granulés et paillettes …Sans compter, les reproductions de nos crevettes (rathbunae, debelius, amboinensis), de nos escargots, de nos mandarins et de nos clowns …
Ce poisson est réputé discret voir peureux, mais ce n’est pas le cas dans notre bac. Notre bac est très chargé en pierres vivantes et il y a donc de nombreuses cachettes, il s’y sent peut être en sécurité ? J’ai beaucoup de mal à prendre des coraux en photos sans avoir un bout de nageoire de leuco dessus. Il mange l’algue séchée dans mes mains avant que j’ai eu le temps de la fixer. Et dès qu’on met les mains dans le bac, il tourne autour. Il n’a aucune agressivité envers nous mais ses scalpels sont redoutables et parfois érigés sans intention d’attaque, donc on essaye de ne pas trop favoriser cette ‘familiarité’ naturelle -bien que ce soit très tentant.
Il tendait toujours à avoir quelques points blancs. Un jour où il en avait un peu plus, on l’a passé en bac de quarantaine (60l) pendant une semaine complète : 1 bain d’eau douce de 1min30 (il en est ressorti marbré de noir), puis densité 1018, fort brassage, 28°C et néosal (dose prescrite de 1 ml / 10L), changement d’eau complet tous les 2 jours (avec l’eau des autres bacs pour avoir de l’eau « mature »). L’eau du bac hôpital a été testée tous les jours sur les constantes suivantes : ammoniac, nitrite, pH et nitrate. Le résultat a été au delà de nos espérances. En 3 jours, il n’avait plus rien. Mais de retour dans le bac, il a fait encore un peu de points blancs et on a traité simplement à la vitamine C. Il en fait toujours un peu mais ça semble diminuer progressivement. On verra sur le long terme. Depuis le problème avec le premier leuco, on cherchait un moyen pour capturer facilement les poissons. C’est maintenant chose faite, on nourrit nos poissons dans un petit bac fixé sur le coté du bac. Le leuco a été le premier à rentrer dedans. S’il le faut, on sait que l’on peut maintenant passer les poissons dans le bac hôpital sans trop de stress. Dernier point, ça c’est bien passé pour le leuco en quarantaine parce qu’il était bien acclimaté : il mangeait les granulés, artémias et les algues séchées. Heureusement car le bac hôpital est nu : ni sable, ni pierre, ni algues ‘naturelles’. Je ne tenterais pas la même chose pour les mandarins…
A posteriori, je crois que je ferais un bain d’eau douce à l’arrivée d’un tel poisson, histoire de le débarrasser d’un maximum de parasites. Par contre, je ne lui ferais pas un séjour en bac hôpital à son arrivée : le poisson est déjà assez stressé par tout ce qu’il a subit avant d’arriver dans notre aquarium (les poissons AFT ne sont pas concernés), il devra subir 2 acclimatations, l’utilité d’un tel traitement n’est pas toujours vérifiable, et un bac hôpital n’est jamais aussi bien qu’un bac normal …
Au final, si on devait perdre ce leuco pour des problèmes de maintenance, nous n’en reprendrions pas. Premièrement parce que c’est très dur de perdre un tel poisson (on a passé ½ journée à essayer vainement de l’attraper, j’ai passé toute un soirée le lendemain à essayer de l’aider à respirer, à le redresser dans le petit bac de quarantaine). Deuxièmement, je crois qu’on a un peu tout essayé pour favoriser sa vie dans notre bac, et si ça ne suffit pas je ne vois pas trop ce qu’on pourrait faire de plus, à part le laisser vivre sa vie dans la nature. A moins qu’on ait raté une info capitale … ? Si vous avez des trucs et astuces pour ce poisson, vos conseils sont les bienvenus.
Sources :
Divers bouquins et revues : Atlas de l’aquarium marin, Mergus / Poissons de l’océan indien, les Maldives / Guide de la faune sous marine Les poissons, Mer rouge et Océan Indien / Les poissons chirurgiens et apparentés / Aquarium Magazine …
Divers sites internet : aquamer, fishbase, mars, reefguardian, …
Et toutes les personnes qu’on a enquiquiné pour connaître leurs expériences