Cet article est une sorte de conseil de bonne conduite sur l’acclimatation et la maintenance des poissons marins d’aquarium, tout particulièrement dans un environnement récifal. Les informations qu’il contient sont des résultats d’expériences personnelles, de constatations et autres infos collectées depuis quelques années, mais également un regroupement d’expériences et infos d’autres aquariophiles côtoyés. Ceci dans le but de vous aider à maintenir ces poissons mais également d’aider les nombreux animaux régulièrement importés dans le commerce et qui se retrouvent un jour ou l’autre dans notre aquarium.
Etant également plongeur, j’ai pu faire des comparaisons régulières entre les environnements clos que sont nos aquariums et les récifs coralliens dans lesquels évoluent les poissons que nous connaissons bien. La tendance étant toujours de se rapprocher du milieu naturel pour reproduire les conditions optimales de maintenance nécessaire à la vie de nos animaux.
Je vais essayer de traiter deux grands sujets dans cet article : le choix, l’acclimatation, la maintenance du poisson et une petite partie sur les cas particuliers que sont les poissons anges.
- Le choix des poissons
Le choix d’un poisson est chose plus complexe qu’il n’y paraît. De nombreuses variables interviennent et il serait herculéen de les détailler toutes. Ceci pourrait faire l’objet d’un autre article, mais ici nous allons nous limiter à des généralités et volontairement vulgariser pour que l’article soit à la portée de tous, notamment des aquariophiles novices n’ayant pas encore intégré toutes les bases de l’aquariophilie marine et récifale (ceci dit, je suis certains que des aquariophiles expérimentés y trouverons de l’information utile également).
Plusieurs critères de choix interviendront directement dans la réussite ou non de l’acclimatation du poisson :
- L’espèce :
Le choix de l’espèce est un des premiers critères à prendre en compte. Ce choix ne se limite pas à l’individu que l’on va acquérir sur le moment, mais fait partie d’une vue globale de la population que l’on destine à son aquarium d’eau de mer.
Dans un premier temps il faut savoir (et ça vous devez normalement l’avoir décidé avant même de vous lancer dans l’aquariophilie marine) si vous projetez de monter un aquarium récifal ou un aquarium FO (Fish Only). Ceci sera primordial pour le choix des espèce car beaucoup ne sont pas compatibles dans un aquarium récifal, en général parce-que ce sont des prédateurs des coraux ou d’autres animaux faisant partie du biotope d’un aquarium récifal.
L’aquarium FO se limite à un choix d’espèces compatibles entre elles uniquement ainsi que compatibles avec le volume de l’aquarium que l’on possède. Il est inutile par exemple de prendre un poisson du genre pterois (Rascasse volante) et d’associer un banc de demoiselles ou petits poissons. Voir le tableau de compatibilité des espèces ou le moteur de comparaison des fiches poissons.
Il est également complètement illogique d’essayer de maintenir des espèces de requins (raies y compris), même dans des aquariums de très gros volume. Ces animaux sont dit pélagiques (pour les squales) et nécessitent des espaces gigantesques qu’aucun aquarium, même publics, ne peuvent contenir. Et ne vous y fiez pas : ce n’est pas parce que vous voyez des requins dans des aquariums publics que leur maintenance est optimale, voire tout simplement réussie… Idem pour les requins de fond et les raies, excepté peut être certains requins de la famille des roussettes, et encore…
L’aquarium récifal est plus complexe en ce qui concerne le choix des espèces : il faut bien évidemment respecter les règles qui s’appliquent à l’aquarium FO, mais pour corser le tout, il faut choisir des espèces non prédatrices des invertébrés hébergés dans votre aquarium récifal. Et là ce n’est pas chose aisée car on trouve très communément des espèces de poissons qui ont développé une prédation ciblée sur un type d’invertébré. Rien que dans le monde des coraux, vous avez des poissons incompatibles ou susceptibles d’être incompatibles avec les coraux mous, ou les LPS ou encore certaines gorgones etc. En règle générale on considère que la famille des poissons chirurgiens est compatible avec la quasi totalité des invertébrés, la famille des poissons clowns et demoiselles également, les poissons anges et poissons anges nains sont incompatibles avec les coraux mous, les gorgones, les éponges et les LPS mais peuvent être compatible avec les SPS sous conditions (voir le chapitre cas particulier : les poissons anges un peu plus en dessous), les poissons faucons sont compatibles avec les coraux mais pas avec les crustacés non protégés (crevettes), les poissons papillons sont pour la plupart incompatibles avec les coraux dont les polypes sont leur principale source de nourriture. Je ne serais pas plus exhaustif que ça pour la compatibilité des espèces avec les invertébrés car la liste serait longue.
- La taille
La taille du poisson à son acquisition est d’une importance primordiale! Ne négligez pas ce point, il fait partie des critères observés les plus importants pour la réussite de votre maintenance.
Considérons deux cas :
A. L’aquarium en démarrage
Si vous démarrez un aquarium, que ce soit FO ou récifal, et que vous voulez le peupler, il est relativement aisé de faire son choix. Il faut savoir que le succès d’introduction d’un nouvel individu est soumis à deux règles importantes : la taille de l’aquarium et la population déjà existante à l’intérieur de ce dernier.
Dans notre cas, la population étant inexistante, cela règle le problème. Reste la taille de l’aquarium. Pour chaque espèce, renseignez-vous sur sa taille maxi observée et le volume conseillé (voir dans les fiches poissons) : enlevez 25% pour avoir sa taille maxi en aquarium. Il est plus intéressant en terme d’acclimatation d’introduire plusieurs poissons susceptibles de se chamailler en même temps, car une fois installé, ces poissons auront pris leur marques et toléreront beaucoup moins bien les nouveaux arrivants.
En règle générale, essayez d’éviter les espèces similaires (sauf couples avérés et constatés chez le commerçant), et dans une même famille évitez les espèces se rapprochant des mêmes formes, mêmes couleurs et surtout même taille !
B. L’aquarium déjà installé
Nous appelleront « aquarium déjà installé » un aquarium tournant déjà avec une population de poissons établie depuis plus de deux semaines.
Dans ce cas le choix devient plus difficile et surtout plus complexe. Sachez que dans tous les cas, rien ne vous garanti l’acceptation du nouvel arrivant par les autres. Mais il existe des règles qui, si elles sont respectées, peuvent arriver à faire cohabiter pas mal d’espèces entre elles et permettre une arrivée en douceur du nouvel occupant.
La taille devient ici LA règle à respecter. En effet, prenons par exemple le cas d’un poisson chirurgien, et pour prendre un des plus communs, le zebrasoma flavescens. Un flavescens d’une taille disons de 10cm et établi depuis un moment dans l’aquarium aura du mal à accepter un congénère, et à moins d’avoir un aquarium de très gros volume, l’introduction du nouvel arrivant, un deuxième zebrasoma flavescens, risque de très mal se passer : celui occupant déjà les lieu va faire sévèrement sentir à l’autre qu’il n’est pas le bienvenue et qu’il occupe son territoire. Le nouvel arrivant en position d’infériorité car désorienté risque de rester prostré dans un coin de l’aquarium, sans compter les coups de scalpel infligés par son homologue… L’issue de ce genre de situation peut se finir par la mort du nouveau.
La solution à ce type d’introduction, même si il n’est pas conseillé de mettre deux individus de même espèce (sauf cas de gros volumes), est tout simplement de prendre un individu de taille très inférieure! En effet, le poisson établi ne considère pas les petits individus comme étant des concurrents et accepte parfaitement, parfois même avec une incroyable indifférence, la présence du petit nouveau.
Ceci s’applique, à ma connaissance et par expérience, à toutes les espèces. Même les plus caractérielles.
Avec le temps le petit individu va rattraper la taille (ou du moins s’en rapprocher) de l’autre individu, mais ils auront appris à vivre ensemble à s’accepter un minimum, la taille ne sera donc après plus un problème.
J’applique actuellement et systématiquement ce procédé lors de l’introduction de nouveaux poissons dans l’aquarium. De plus la taille intervient également dans l’acclimatation (voir chapitre suivant) donc un gage supplémentaire de réussite.
- Le choix chez le commerçant
Choisir son poisson c’est également passer en revue les batteries d’aquarium chez le commerçant pour sélectionner l’élu. Là également certains critères sont à prendre en compte : certains visuels, d’autres malheureusement non visuels, voire indétectable.
Bien entendu nous choisirons un poisson en « bonne forme ». Mais que veut dire un poisson en bonne forme et comment s’en assurer? Nous n’avons que des moyens limités devant la vitre, mais voici ceux que l’on peut utiliser pour faire ces vérifications :
a. Observez sa manière de bouger! En effet, un poisson en bonne santé doit être vif et très réactif dans l’aquarium. Bien entendu en fonction des espèce la nature du poisson peut être assez passive (en général les poissons possédant un camouflage), et vous aurez du mal à observer une vivacité sur un poisson lime par exemple ou un pterois. Dans ce cas ce critère n’est pas vérifiable.
Evitez les poissons prostrés dans un coin de l’aquarium, respirant très rapidement.
b. Regarder sa silhouette générale : le poisson doit posséder un minimum de graisse, ses flancs ne doivent pas être maigres. Même si le voyage et peut être la maintenance dans l’aquarium du commerçant ne lui permettent pas d’être gras, il doit avoir un minimum. Un ventre creux ou des flancs maigrichons peuvent cacher une faiblesse chez le poisson (parfois même une pêche au cyanure, qui entraînera la mort du poisson au bout d’un mois ou deux). En règle générale la maigreur du poisson va de pair avec une vivacité absente.
c. Demandez au vendeur si il peut lui donner à manger devant vous (la plupart acceptent sans problème) et regardez si c’est le cas. Attention, le poisson doit bien avaler la nourriture, ce n’est pas le tout de sauter dessus, si il recrache tout, c’est mauvais signe.
Ces critères sont, certes, une sorte de ségrégation. Et il est parfois tentant de jouer les sauveteurs en voulant adopter un poisson qui est apparemment en mauvais état dans l’aquarium du commerçant et qui est voué à une mort certaine. Néanmoins votre tentative sera certainement un échec, et à plus d’un titre. Non seulement le poisson a de grande chance de devenir chez vous ce à quoi il était destiné dans son aquarium, et perdra la vie, mais quelque part en refusant ce poisson ce sera également un moyen de pression sur le commerçant qui fera un effort à plus d’un titre : celui de soigner ses poissons en batterie, mais également à l’acclimatation et parfois même jusqu’au transhiper (société d’import des animaux) à qui il transmettra la pression pour que les poissons arrivent dans le meilleur état possible.
Un dernier conseil avant de passer à l’acclimatation : afin d’éviter un stress lié au transport, il est conseillé de transporter le poisson dans le noir. J’ai toujours vu des sacs transparents pour transporter les poissons, ce n’est pas pratique, mais vous pouvez alors très bien mettre le sac plastique du poisson dans un autre sac, non transparent, ou bien le mettre tout simplement dans une caisse en polystyrène fermée, ce qui aura en plus comme avantage de conserver la température pendant le transport.
- L’acclimatation
Une fois le choix du poisson fait en fonction de tous les critères énumérés ci-dessus, vient le moment de l’introduction dans l’aquarium.
Certains préconisent un bain d’eau douce avant d’introduire le poisson afin de le débarrasser d’éventuels parasite (le choc osmotique provoqué par l’au douce tue, ou du moins décroche tout parasite présent sur le poisson). Personnellement je n’en ais jamais fait, je considère que c’est un stress supplémentaire pour le poisson alors que ce dernier est en train d’en subir un maximum… Mais sur ce point je n’ais trouvé aucun critère avéré de réussite dans un cas ou dans l’autre. Donc libre à vous de décider…
Ensuite videz un maximum d’eau du sac, laissez en juste pour que le poisson ait suffisamment d’eau (en général au raz du dos). Placez le sac dans l’aquarium, en surface, et fixez-le d’une manière ou d’une autre pour éviter qu’il ne parte avec le courant et qu’il ne s’ouvre dans l’aquarium. Evitez à tout prix de mettre de l’eau du sac dans votre aquarium. Ceci pour éviter un éventuel risque de contamination de l’eau. Remplissez un récipient pouvant contenir 3 fois le volume d’eau actuellement dans le sac et placez le à un niveau au dessus du sac (perso je le place sur un renfort de l’aquarium, en glissant le sac sous le récipient, ce qui permet de fixer le sac).
Utilisez ensuite un flexible souple ou tout autre procédé permettant de faire un goutte à goutte du récipient vers le sac à l’aide d’un siphon. J’utilise un tuyau à air avec un robinet au bout mais on peut également faire un nœud dans le tuyau que serrera plus ou moins pour augmenter ou diminuer le débit.
Attendez qu’il y ait environ 3 fois le volume d’eau du sac qui se soit écoulé, la durée totale du procédé ne doit pas être inférieure à 20 minutes, temps nécessaire pour équilibrer les températures ainsi que la densité dans le sac.
RM : l’idéal étant d’avoir là également un sac non transparent pour éviter de stresser le poisson.
Une fois le sac rempli, capturez le poisson à l’aide d’une épuisette aquariophile (maille très fines), en prenant soin de mettre la couture à l’extérieur et introduisez rapidement l’épuisette dans l’eau de l’aquarium, en conservant le poisson à l’intérieur. Attention pendant ce laps de temps à ne pas déverser le contenu du sac dans l’aquarium : ce dernier doit être retiré et son eau vidée ailleurs, mais surtout pas dans l’aquarium.
Attention également avec certains poissons, en particuliers les poissons anges qui ont des appendices qui dépassent, qui peuvent rester coincés dans les mailles des épuisettes et qui peuvent ainsi les blesser. Parfois il est plus pratique de prendre le poisson à plat sur la main pour le retirer de son sac plastique.
Fois l’épuisette dans l’eau de l’aquarium (pour les poissons pouvant être retirés du sac avec), essayez de conserver le poisson à l’intérieur et de rapidement diriger l’épuisette devant une partie du décor contenant des trous, failles et autres cachettes facilement atteignables (évitez la cache d’un poisson déjà établi dans l’aquarium !…). Laissez ensuite le poisson sortir à son rythme, si tout se passe comme prévu il devrait trouver une cachette tout de suite. Il est important que le poisson trouve immédiatement une cachette (ce qui le sécurise immédiatement) et avant qu’il puisse être aperçu par les autres.
Autre petit truc intéressant : si vous avez des poissons qui vivent dans des terriers ou cavités creusées dans le sable, je pense notamment à des poissons comme l’opistognathus aurifrons, l’astuce consiste à mettre un morceau de tuyau PVC dans le sac d’acclimatation afin qu’il se cache dedans. A l’introduction, prenez le tuyau en prenant garde à le fermer aux deux extrémités avec les mains ou les doigts, et amenez l’ensemble du tuyau sur le sable, près d’un surplomb ou autre endroit un peu sombre, recouvrez le tuyau de sable en laissant une seule extrémité de libre (celle à l’opposé du décor). Ainsi il pourra aller creuser son trou à son rythme et quand il sera un peu plus à l’aise. Ceci évite que le poisson panique à l’approche des autres et saute de l’aquarium.
- Maintenance
L’introduction d’un poisson dans l’aquarium est une étape délicate, et si certaines espèces sont relativement faciles à maintenir, ce loin d’être le cas pour toutes.
La première des choses qui participe au succès de la maintenance d’un poisson est de loin a taille. Eh oui, à nouveau ce fameux critère de taille! Plus le poisson sera introduit petit et plus vous augmentez vos chances de maintenance à court et long terme. Sans compter le plaisir de le voir grandir et pour certaines espèces, le plaisir de le voir changer sa livrée juvénile en livrée adulte.
Un poisson a une capacité d’adaptation beaucoup plus élevée étant jeune qu’une fois à l’âge adulte. C’est quand il est petit qu’il se formate, qu’il apprend et surtout qu’il va prendre ses habitudes. C’est extrêmement important car cela va conditionner pas mal de chose nous intéressant : la notion de volume par exemple, adulte le sentiment d’enfermement sera très présent et même si les poissons que nous choissions sont des poissons qui en général vivent sur de relativement petits territoires, la taille d’un aquarium, même de très gros volume à nos yeux, n’est en fait qu’une goutte d’eau par rapport à l’étendu d’un récif corallien. Un autre critère nous intéressant, celui de sa nourriture : il est à noter par exemple que la prédation des poissons anges sur les coraux SPS (prédation non naturelle), est en partie liée à l’âge auquel le poisson a été introduit.
Plus globalement les adultes s’étant habitués à un mode de nutrition dans leur habitat aura plus de mal à s’alimenter en captivité, les habitudes étant déjà prises… Alors que les jeunes ont tendance à découvrir et donc essayer. Une fois goûté les artémias par exemple, plus de problème d’alimentation.
En plus de ces avantages, la taille permet des relations plus sereines entre espèces (voir chapitre précédent).
Mais la taille n’est pas tout bien entendu, et d’autres critères interviennent : je passerais sur la qualité de l’eau qui, de toute évidence, doit être la meilleure possible (pas de variation de température, pas de variation chimique etc.), problème qui en général est mieux assimilé dans un aquarium récifal que dans un aquarium FO car ce dernier exige une qualité d’eau impeccable pour les invertébrés, en général bien supérieure aux exigences des poissons. Il y a en revanche un autre critère sur lequel j’aimerais insister très sérieusement : celui de la nourriture. Je ne vous ferez pas d’exposé scientifique sur la qualité de la nourriture pour un organisme vivant, je pense que c’est quelque chose que tout le monde a intégré ou du moins que tout le monde connaît. Mais en aquariophilie marine il est un problème rencontré dans la grande majorité des cas, c’est celui du dosage de la nourriture, de la quantité administrée! L’image d’un poisson d’aquarium marin est en général toujours la même : celle d’un poisson maigre, très maigre… Et je pense que l’association de cette image est due à un manque de repère de notre part : nous n’avons pour la plupart jamais vu ou fait attention à la ligne qu’avait le même poisson dans son milieu naturel. C’est une des choses qui m’ont marquées les premières fois où j’ai plongé sur un récif corallien : les poissons sont gros! Et je ne parle pas en termes de taille, mais en termes d’embonpoint! Si vous regardez un poisson chirurgien de face, il est limite ovale tellement il a les flancs bombés! Et c’est valable pour toutes les autres espèces!
Lorsque vous rentrez et que vous revenez devant votre aquarium vous vous rendez vraiment compte combien vos poissons souffrent de sous nutrition.

Zebrasoma flavescens sous nourri

flavescens limite sous nourri
Quelques poissons nourris correctement :







Le problème dans le milieu aquariophile récifal, c’est que la nourriture a une image de pollueur (ce qui est vrai) et la plupart d’entre nous limitons au strict minimum la quantité distribuée afin de limiter au mieux cette pollution. Malheureusement c’est au détriment des poissons, et même si ils nous paraissent en pleine forme, ce n’est qu’une impression. La sous nutrition ne mène pas forcément au décès, mais agit de manière nocive sur l’organisme, en particulier sur le système immunitaire… Ce qui non seulement les rend moins résistants à la maladie mais en plus réduit l’espérance de vie (exemple qui malheureusement s’étend à tous les êtres vivants, pas seulement les poissons…). Et ceci est sans compter la qualité de vie déplorable qu’on leur apporte. Après les avoir retirés de leur récifs natals, la moindre des choses c’est de leur assurer une existence sans famine…
Bref, tout ça pour souligner l’importance de la nutrition dans nos aquariums.
Alors il n’est pas non plus question d’aller dans l’excès inverse, et avant de se lancer dans des changements, il est toujours utile de réfléchir à l’impact qu’aurait une augmentation de la charge azotée dans l’aquarium. L’écumeur et les pierres vivantes sont alors les gages d’épuration pour l’aquarium récifal et pour l’aquarium FO l’écumeur et le dénitrateur sur souffre. Je ne pourrais donc vous donner que deux conseils :
1. Augmentez progressivement
2. Evaluez le pouvoir de filtration de votre aquarium et, le cas échéant faites les changements nécessaires (écumeur plus important, plus de pierres vivantes, dénitrateur sur souffre plus important etc.).
Vous ne vous imaginez pas la quantité de nourriture que peut ingurgiter un poisson pendant une journée sur un récif! On est bien loin de notre petit carré d’artémias quotidien… Je pense, et d’après mes observations, que la majorité des aquariophiles marins sous-estiment de moitié au minimum la quantité de nourriture distribuée.
Partez en assimilant que si vous voulez des poissons, il faudra les nourrir. Et plus ils sont imposants, plus ils doivent être nourris bien entendu! Si vous n’êtes pas certain que votre système épure suffisamment pour distribuer la quantité de nourriture suffisante, préférez maintenir moitié moins de poissons, mais ceux qui restent nourrissez les correctement.
Alors vous me direz, comment connaitre la quantité suffisante de nourriture pour un poisson? Comme il serait complexe d’énumérer la quantité de nourriture nécessaire pour chaque espèce de poisson, chaque taille etc., nous allons là encore nous fier à des critères visuels : commencer par distribuer la quantité classique de nourriture et observez la forme de face de vos poissons : elle doit avoir des lignes rebondies créées par leur estomac plein, une sorte d’ovale. Attention, pas une petite bosse, un réel ovale : ca doit vous paraitre exagéré. Au début vous n’obtiendrez peut être pas ce fameux ovale de manière parfaite, l’organisme des poissons ne s’adaptant pas en un repas (raison supplémentaire pour y aller progressivement). Mais au fur et à mesure votre poisson obtiendra cette forme et prendra de la graisse sur les flancs. Les filets seront lisses et parfaits, aucune trace d’arrête ou ossement quelconque.
La distribution de nourriture devrait se faire en une ou deux fois, permettant de nourrir non seulement les poissons timides ou sédentaires (gobies) mais également tous les animaux qui participent au cycle azoté dans l’aquarium (ophiures, isopodes etc.), voire les crabes symbiotiques dans les acropora. Les artémias doivent voler dans tout l’aquarium.
L’azote DOIT circuler dans l’aquarium, il faut absolument nourrir votre système.
4. Les poissons anges : cas particulier de l’aquarium récifal
Une question qui revient souvent sur le forum : les poissons anges sont ils compatibles avec un aquarium récifal?
Avant toute chose, maintenir un poisson ange en aquarium récifal nécessite une prise de décision sur la population en corail et plus généralement en invertébrés de son aquarium. Des priorités vont être nécessaires, ainsi posez vous la question si vous donnez priorité au poisson ou à l’éventail d’espèces invertébrées que vous allez maintenir. Avec un poisson ange adulte, il n’est pas question d’envisager la maintenance de corail mou (du sinularia à l’actinodiscus), ni de LPS, ni d’éponges, ni la presque totalité des gorgones, ni les ascidies, et très souvent les bénitiers! Ce qui limite tout simplement la maintenance des coraux durs à petits polypes (SPS)
Si vous êtes prêt à faire l’impasse sur ces animaux, vous pouvez continuer à lire ;-)
Lorsqu’on se renseigne sur le régime alimentaire des poissons anges, on retrouve globalement les éponges, ascidies, petits invertébrés etc. Mais nulle part on retrouve les SPS. Il n’est donc pas naturel pour un poisson ange de se nourrir des ces coraux. Essayons de comprendre alors pourquoi une grande partie des aquariophiles ont des problèmes avec ces poissons et les coraux.
Voici une liste de critères importants que j’ai pu expérimenter et observer avec succès:
- Le premier des critères et que je répèterais encore une fois ici : la taille! Inutile d’attendre quoi que ce soit d’un ange adulte, vous pouvez être quasi certain que vous allez avoir des problèmes de tous types et notamment avec les coraux.
Choisissez votre poisson ange le plus petit possible. Et quand je dis petit, c’est un modèle apparenté aux « pin’s »! Un pomacanthus imperator de 2 ou 3 cm est un candidat idéal pour votre aquarium récifal! Et en plus son prix d’achat ne sera que plus allégé… Sans compter que certaines boutiques importent maintenant sur le modèle de capture post larvaire, modèle de pêche beaucoup moins nocive pour un récif corallien et permettant de proposer des espèces très jeunes.
- Le deuxième critère… La nourriture! Eh oui, nous y revoilà : comment expliquer une prédation contre nature si ce n’est la faim qui pousse? Et ce phénomène ne se limite pas aux poissons dans l’aquarium : si vous avez déjà fait l’expérience de certains vers annélidés qui s’occupaient d’élaguer vos coraux et qui pourtant ne son pas catégorisés comme prédateurs des coraux, eh bien c’est le même phénomène : faute de grives, on mange des merles!...
Donc nourrissez bien vos anges, ils n’auront pas besoin de manger ce qu’ils n’aiment pas…
- Ayez un aquarium bien garni en coraux durs : vous diviserez ainsi en cas d’accident les chances que le même corail accuse plusieurs fois le même coup.
- Attention à l’introduction de nouveaux coraux : en règle générale les poissons pensent que tout ce qui vient de votre part dans l’aquarium est quelque chose qui se mange… Donc soyez attentif et repoussez peut être les avances un peut trop téméraires au début. Néanmoins sur ce point de vue vous n’aurez pas grand-chose à faire que d’attendre de voir comment ça se passe. Mais en général ca passe bien.
Avertissement : ces critères ne sont en aucun cas universels, et chez les poissons comme chez les êtres humains, le paramètre individuel intervient, et ce qui peut se passer avec un individu peut ne pas se passer avec un autre. Néanmoins si vous respectez ces règles, vous augmentez TRES significativement vos chances de réussite.
Personnellement j’ai eu 100% de réussite en les appliquant après avoir été de nombreuses années en échec avec des poissons anges. Aujourd’hui je maintiens 5 poissons anges adultes dans un aquarium récifal constitué exclusivement de coraux durs à petits polypes : un pomacanthus imperator de 20cm, un pomacanthus xanthometopon de 15/20cm, un holancanthus ciliaris de 15cm, un holacanthus tricolor de 8/10cm et un pygoplites diacanthus de 10cm. Tous ont été introduits à une taille de quelques cm, j’ai parfois attendus longtemps pour les obtenir à cette taille mais le jeu en valait la chandelle. Aujourd’hui absolument aucun ne touche à aucuns coraux et chacun a sa place dans l’aquarium grâce au principe de l’introduction du suivant à taille très petite.
Conclusion : voilà un aperçu général sous forme de retour d’expérience et de collecte d’informations du choix, de l’acclimatation et de la maintenance de poissons marins d’aquarium. Les deux grandes règles que je répéterais encore une fois en guise de conclusion : la première est une acquisition du poisson à taille minimale (il n’y a pas de « trop petit »), considérez l’opportunité de trouver un individu extrêmement petit comme une aubaine rare qu’il ne faut pas manquer si vous recherchez l’espèce concernée. Et la deuxième est la quantité de nourriture à administrer à vos poissons : leur aspect doit être bien rebondi, gras, comme dans leur milieu naturel.
De plus ces deux règles induisent pleins de bénéfices collatéraux dans votre aquarium. Alors pourquoi s’en passer?...
Article soumis par Steph