Chaque espèce s'adapte à son environnement et la nature fait preuve d'ingéniosité dans cet exercice. La plupart des récifaliens que nous sommes s'émerveillent devant les couleurs et la forme de leurs coraux, mais observons d'un peu plus près les principaux hôtes de nos bacs, les poissons...
Dans la nature, un animal à plusieurs besoins pour survivre, se nourrir, se protéger des prédateurs, se reproduire. Un poisson vif, devant un danger à plusieurs choix. La défense, si celui-ci en est capable, ou la fuite. Mais l’arme la plus efficace est de se fondre dans le milieu afin de passer inaperçu. Afin de survivre un poisson doit posséder un ensemble de caractéristiques adaptées à l'environnement dans lequel il évolue. Par exemple, nous observons très facilement que la forme du poisson est adaptée à son milieu de vie, et son mode pour se nourrir. Les poissons vivant en pleine eau chassent des proies et pour cela ils ont besoin de vélocité et de vitesse. Les formes répondant à ses caractéristiques sont plutôt allongées et fusiformes. Sur un récif de corail, d’aspect chaotique, rempli d'obstacles les règles sont très différentes. Là, le poisson à besoin d'agilité dans ces manœuvres dans les parades de chasse ou de fuite. Dans ce cas nous retrouvons la forme latéralement comprimée (baliste, chirurgien etc.) parfaitement adaptée aux brusques changements de direction.

Nous pouvons en déduire facilement que la forme est en relation directe avec les contraintes hydrodynamiques du biotope. Si nous allons un peu plus loin dans le raisonnement, les poissons plats (raies, sole etc.) passe leur vie au contact d'un sol plat et sablonneux, un mélange de changement de forme et de coloration, leurs permettent d'être invisibles pour des yeux non avertis. Par contre les hôtes vivant dans des infractuosités étroites, sont anguilliformes (murènes).

Mais n'allons pas trop vite avec une systématisation hâtive, car ils existent des exceptions, ou plutôt un compromis entre ces différentes options de forme. Tel que les "raies Manta" qui vivent en pleine eau loin du substrat, les hippocampes, syngnathes et . Ces poissons vont plus loin dans la démarche, et pratique le mimétisme. Les hippocampes ressemblent à des algues, les poissons « bécasses » se fondent dans les coraux. Cette faculté d'imiter l'autre ou son environnement par la forme et la couleur est l’homotypie.


Examinons, ce phénomène encore plus complexe à expliquer, la coloration. Les poissons possèdent un triple système de coloration. La couleur est obtenue grâce à la combinaison trois types de cellules, les chromatophores, les guanophores et les iridophores. ..
Les chromatophores sont composés de trois pigments, noir, rouge et jaune. Les guanophores contenant des cristaux de guanine sont la base des teintes métalliques, et les iridophores polarisent la lumière comme un prisme. Ils transmettent les colorations vertes et bleues. Grâce à un contrôle nerveux sur cet ensemble de cellules les poissons ont la faculté de modifier leurs couleurs et de cet fait leurs apparences. Autant de complexité nous fait que c'est le rapport proie/prédateur est une activité sociale au sein du récif qui détermine l'importance de la coloration.
Au pratique, les poissons dits "pélagiques" présentent un ventre clair, et un dos sombres. Cette technique réduit le contraste de vision du prédateur, quel que soit son point de vue. Les militaires ont vite compris cela et l'utilise sur les avions de chasse. L’homme n’a rien inventé !

Les espèces vivantes sur le substrat, modifient leurs robes afin de se fondre avec le sable sur lequel ils se posent. En ce qui concerne les poissons de récifs aux couleurs éclatantes nous retrouvons plusieurs types de mimétismes, le camouflage, la duperie, le danger et l’imitation.

- Le camouflage est l'art de se fondre dans le décor, grâce à des raies, des stries et losanges, cet ensemble de couleurs sur un récif peuplé de coraux et d’éponges multicolores est très efficace. Le camouflage le plus fréquent est le mimétisme chromatique contrôlé par le système nerveux. Certaines espèces changent rapidement de couleur selon le milieu alors que d'autres doivent attendre plusieurs jours, voire plusieurs mois pour que leur robe s'adapte au nouvel environnement. Les poissons benthiques pratiquent aussi le camouflage en se fondant avec le décor par la forme et la coloration (poisson pierre).

- La duperie consiste à tromper le prédateur sur l'orientation de sa proie, par l'ajout de rayures noires masquant les yeux, taches sombres sur la nageoire caudale simulant un faux oeil.

- Une parade efficace est d’afficher le danger potentiel. Dans la nature, une couleur vive et intense indique généralement un danger, de toxicité. La faune piscicole n’échappe pas à cette règle. Sur les chirurgiens les scalpels sont très souvent surlignés par une tache de couleur vive.

- D’autres espèces pratique l’imitation, pour se camoufler tel le poisson comète imitant la murène, pour faire de la prédation tel les faux labres nettoyeur. Des espèces inoffensives exploitent les colorations vives des poissons venimeux afin de se protéger.

Certaines espèces préfèrent modifier leur apparence comme l'hippocampe avec sa forme tourmentée, qui se confond avec les algues de son environnement, ou le poisson feuille qui prend la couleur et la forme d'une feuille morte, et se met aussi à flotter lorsqu'il se sent en danger. Cette forme de mimétisme est l'homomorphie (prendre la forme de son environnement).

Mais l'un dernier rôle important hors les robes sexuelles et juvénile, est une marque de distinction. Il semblerait que les robes éclatantes soient des signaux distinctifs, permettant à des espèces interspécifiques de marquer leur territorialité, un peux comme des drapeaux.

Dans ce domaine des expériences ont démontré que des poissons d'espèces différentes mais de colorations semblables et ne vivant généralement pas à proximité les uns des autres dans la nature n’entrent en conflit dès qu’ils sont regroupés dans un bac communautaire. Nous pouvons en déduire, que dans ce cas la coloration est un signe de territorialité, un peu comme le message, « interdit c’est mon territoire, pas de concurrence admise ». Dans ce rôle dit « social et communautaire » quelques espèces à l’inverse se font remarquer par leur aspect afin d’attirer, c’est le cas des espèce nettoyeuses. Comme dans tout règne animal, nous retrouvons des usurpateurs, qui dupent les voisins récifaux grâce au mimétisme.
Afin de survivre dans ce milieu hostile qui compose les récifs, un grand nombre de poisson utilisent deux stratégies bien distinctes. La dissimulation, afin de passer inaperçu aux yeux des prédateurs, tandis que d'autres afficheront clairement leurs couleurs vives, qui signifient "danger". Quelque soit la stratégie les deux composantes essentiels mise en œuvre sont la coloration est la forme. Nous pouvons en déduire que l’un des principaux sens de perception de son environnement pour les poissons, est la vue. Aussi bien dans les processus de survie, que dans les relations intra spécifiques et inter spécifiques.
Article soumis par Gevernier