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Les hôtes Vénimeux de nos bacs
Date: 03 Janvier 2004 à 11:00 Sujet: Animaux
Certains de nos pensionnaires et hôtes, présentent la désagréable particularité d’être pourvus d’organes venimeux, tous différents les uns des autres, j’ai trouvé intéressant de rechercher qui ils sont, quels sont leurs moyens de défenses, mais surtout ce que nous pouvons craindre de telle ou telle espèce.
Suites à mes recherches, j’ai pu scinder cette présentation en deux : les poissons et ceux que j’appellerai les « autres habitants venimeux » (terme vague mais néanmoins représentatif de la composition de cette catégorie).
LES POISSONS
Qui d’entre nous n’a pas passé des heures à contempler son aquarium, notamment ses poissons en s’émerveillant de leur couleur, de leurs habitudes, …..de cette apparente fragilité qui les caractérise……Et pourtant, loin d’être si inoffensifs que cela, ils sont, pour certaines espèces, dotés d’armes défensives très efficaces.
Certes elles sont surtout destinées à lutter contre un ennemi « naturel » et donc très dangereuses à « l’échelle des poissons »……mais qu’en est il si notre hôte retourne son arme contre nous à l’occasion notamment d’une mauvaise manipulation de ce dernier ou d’une simple mégarde de notre part ?
Une présentation rapide et générale de l’appareil venimeux de certains poissons me semble utile :
« Chez les poissons, l’appareil venimeux est simple, constitué de glande(s) à venin et d’un système inoculateur, fait d’épines, les glandes à venin étant situées dans les sillons longitudinaux creusés à la base des épines. Il n’y a pas de véritable canal excréteur. Certains poissons n’ont d’ailleurs pas de véritable appareil inoculateur : ce sont les poissons crinotoxiques, le venin sécrété par les cellules du palais pénétrant la victime par les blessures causées par les dents ou les nageoires (c’est le cas de muraenidés) et les poissons hémotoxiques, où les toxines sont présentes dans le sang et pénètrent chez l’homme à l’occasion de blessures. »
Il résulte de telles piqûres ce que les médecins appellent « l’envenimation », cette dernière étant génératrice de lésions plus ou moins importantes selon l’espèce venimeuse incriminée.
LES PTEROIS

Il existe plusieurs espèces de ptérois, tous sont malheureusement aussi venimeux qu’ils sont magnifiques, de plus ce sont des poissons peu farouches qui se laissent facilement approcher.
Il faut tout de suite souligner que les spécimens maintenus en captivité sont moins venimeux que les sujets sauvages, toutefois même mort il reste dangereux.
Leur appareil venimeux est composé de 13 épines dorsales, 2 pelviennes, 3 anales, chacune reliée à une glande à venin dépourvue de réservoir. Les nageoires pectorales ne sont pas venimeuses
« La main piquée est le siège d’une douleur immédiate, comme une brûlure et d’un œdème violacé important qui va persister quelques jours. On retrouve un érythème (rougeur) autour de la piqûre avec des vésicules (cloques) qui contiennent du venin ; des crampes musculaires et des paresthésies (fourmillements, engourdissements) sont parfois observées au niveau du membre blessé. Ces signes locaux sont accompagnés de sensation de faiblesse, de sueurs, de nausées, de vomissements et de sensations de vertiges. Dans les formes les plus graves lors d’envenimation intense, des délires, des convulsions, des paralysies du membre piqué sont rapportés. »
Ce tableau clinique peut faire peur à sa lecture, mais en pratique, et surtout en aquariophilie marine les accidents sont rares et la personne piquée s’en sort avec une grosse sensation de brûlure pour quelques jours.
Il faut TOUJOURS prendre les plus grandes précautions lors de leur manipulation ou de toute intervention dans l’aquarium en leur présence, le port de gants est donc vivement recommandé.
Remarque : les rascasses plus particulièrement l es scorpènes sont équipés de 12 épines dorsales, 1 pelvienne, 3 anales, et sont susceptibles d’inoculer un venin dont les propriétés sont analogues à celui des ptérois.

LES CHIRURGIENS ( Acanthuridés)

J’ai eu une fois, l’occasion de pouvoir « tester », bien involontairement bien sûr, l’éperon d’un acanthuridé, en essayant de l’isoler pour le soigner : une fois la surprise d’être ainsi remerciée, j’ai été impressionnée par l’intensité de la douleur causée par une minuscule coupure sur le doigt (cette sensation douloureuse a duré deux jours) !!
La coupable de ceci était la fine épine, ou éperon, présente de chaque côté de la base de la nageoire caudale de ces poissons (certaines espèces en possèdent 2 paires) « au repos, elles sont repliées, et baignent dans un mucus toxique. Elles se dressent, côté tranchant vers l’avant, lorsque l’animal se sent menacé. « La blessure, prend l’aspect d’une plaie plus ou moins large et profonde, présentant les caractéristiques d’une envenimation : la douleur est disproportionnée comparativement à la taille de la lésion, la réaction inflammatoire est importante, quelquefois nausées apparaissent également. A noter par ailleurs la possibilité, lorsqu’il s’agit de gros spécimens, de lésions délabrantes (sections tendineuses, plaies de nerfs ou de vaisseaux). »
LES POISSONS LAPINS ( siganidae)

(Dessin de G. Vernier)
Leur appareil vulnérant comprend 13 épines dorsales, 7 anales, 4 pelviennes, porteuses de glandes à venin. La piqûre est très douloureuse, mais le plus souvent bénigne.
LES POISSONS CHATS (siluformes)

Les siluroidés qui comprennent les silures ou poissons-chats, qui portent des barbillons sur les lèvres, et dont les épines (1 dorsale, 2 operculaires) sont venimeuses. Leurs piqûres peuvent être mortelles comme celles de Plotosus anguillaris (Indo-Pacifique). Plusieurs espèces peuvent être en cause, dont le poisson-chat rayé (Plotosus linéatus). En dépit de leur apparence inoffensive , les plotoses sont dotés d’un appareil venimeux redoutable, constitué de trois épines disposées en triangle, devant la nageoire dorsale et les pectorales, reliées à des glandes à venin. Les épines, tranchantes, ont une denture rétrograde rappelant (à une moindre échelle) celle des aiguillons de raies. La piqûre est extrêmement douloureuse, et s’accompagne d’un important œdème.
LES POISSONS PIERRES ( Synancées)
Pour terminer la liste des poisons vénimeux, j’ajouterai les poissons pierres, certes rarement présents dans les bacs de particuliers, mais leur dangerosité est si importante qu’il me semble important de les signaler, il s’agit des espèces suivantes : synancéia verrucosa, S.horrida, S. nana, et S. trachinis , réputés pour leur exceptionnelles facultés de camouflage, sont considérés comme étant les plus venimeux de la planète, et peuvent être à l’origine d’accidents mortels.


A = nageoire dorsale B, F, H = épines venimeuses C = nageoire caudale D = ouie E = nageoire latérale G = nageoire sub-caudale
Leur appareil venimeux est constitué comme le montre le schéma, de 13 épines dorsales, les 3 premières s’orientent verticalement, chacune raccordée à une glande à venin, l’expulsion de celui-ci se faisant activement, lors de la pénétration de l’épine dans la chair de la victime.
La gravité de l’accident sera fonction de la dose de venin injectée, de la taille du poisson elle-même, de la profondeur de la piqûre, du poids de la victime et du temps de prise en charge de celle-ci pour l’administration de soins.
Le venin est sensible à la chaleur, mais des températures élevées d’environ 52 °C pendant au moins 30 minutes sont nécessaires pour le détruire.
LES MURAENIDES

Les murènes sont peu agressives, plutôt craintives, elles ne mordent pas spontanément, sauf si on les dérange. « La murène javanaise (Gymnothorax javanicus) est particulièrement nocive. Leur bouche est armée de dents en crochet et leurs morsures entraînent de profondes blessures qui permettent le passage du venin contenu dans la salive.. Elle n’entraîne pas de signes généraux d’envenimation, mais des complications immédiates (hémorragies) ou ultérieures (septiques) ».
Les autres murènes possèdent pas de poison mais leurs dents, lieu propice à la prolifération des bactéries, sont susceptibles d’entraîner après la morsure des infections secondaires., il est primordiale de désinfecter la plaie le plus rapidement possible et en cas de morsure profonde de consulter un médecin.
LES AUTRES HABITANTS VENIMEUX
LES CNIDAIRES
LES ANEMONES DE MER

L’apparence fragile et délicate des anémones de mer cache bien leur redoutable caractère de prédateur, si leurs tentacules sont mortels pour les proies éventuelles, elles ne représentent qu’un danger minime pour l’homme : enfin, minime, certes, mais douloureux le contact des tentacules sur votre peau provoquera des éruptions cutanées plus ou moins importantes selon la taille de l’anémone, la durée et l’importance du contact.
Si vous faites partie des personnes allergiques au venin des anémones, un choc « anaphylactique » sera consécutif au contact (production d’oedème).
Ce qui est fascinant chez les anémones, c’est l’aspect parfaitement lisse et apparemment inoffensif de leurs tentacules. Pourtant en y regardant de plus près (de beaucoup plus près, sans un microscope c’est pas la peine d’essayer) on peut s’apercevoir de la présence de cellules urticantes (les nématoblastes ou cnidoblastes) renfermant des capsules dévaginables (cnidocystes ou nématocystes) capables d'injecter un puissant venin paralysant qui est inoculé par un dard creux à la proie lorsqu'elle entre en contact avec un cil sensible
Un schéma plus explicite sera fort utile je pense :

Schéma nematocyte (Dessin de G. Vernier)
LES CORAUX DE FEU

Dessin Gevernier
Rare sont les aquariophiles qui possèdent ces coraux dans leur bac, les dangers relatifs à ces espèces sont surtout réservés aux plongeurs, toutefois ils peuvent être parfois disponibles à la vente, il convient donc de les citer.
Le simple toucher aura des effets urticants importants. Après une douleur immédiate, c'est une plaque rouge qui apparaît, les démangeaisons peuvent durer plusieurs jours.
LES ANNELIDES
Les vers marins au corps recouvert de poils (polychètes dont Eurythoe complanata) porteur de longues soies, entraîne un œdème et un engourdissement pendant plusieurs jours
Amphinomidae

eurythoe complanata
Bien que ces vers soient généralement une couleur rougeâtre à orange lumineuse, ce n'est pas la couleur qui leur confère le nom de « fireworms » ( ou vers de feu) mais plutôt l'action de la toxine injectée par les setae fins et creux (brins aciculaires, se trouvant sur parties latérales de tout son corps. Si vous vous trouver en contact avec ces brins urticants, surtout ne frottez et ne grattez pas la plaie (vous accentuerez seulement l’inflammation), et n'essayez pas d'enlever les setae (brins) avec vos ongles ou une pince à épiler. Il faut sécher l’endroit irrité puis posez un morceau de papier collant (type scotch, sparadrap.. ) dessus et retirez le ( vous ôterez ainsi tous les brins urticants plantés dans votre peau) , recommencez l’opération jusqu'à ce que tous les brins évidents aient été enlevés. Nettoyer avec de l’alcool modifié, du vinaigre, afin de dénaturer la toxine et de diminuer la sensation de brûlure. Une fois que nettoyé et sec, appliquez une lotion calmante). Si la douleur et/ou le gonflement persiste, ou une infection commence, allez voir votre médecin sans tarder.
Les poissons peuvent aussi se frotter à ces vers, on remarque généralement des fines épines presque transparentes fichées dans la peau du poisson, si vous remarquer une gène intense il vaut mieux tenter d’ôter les brins urticants.
Glyceridae
Personnellement, je n’ai jamais rencontré ces vers, mais à lire différents articles les concernant, il semble qu’ils soient parfois présents dans nos bacs (acclimatés involontairement via les pierres vivantes).

Ils sont armés de quatre « crocs » (chacune étant reliée à une glande de poison), une morsure de l'animal permet l'injection d'un venin qui permet à l'animal de soumettre sa proie ou de se défendre contre des prédateurs potentiels. Bien que son venin ne soit pas une véritable menace pour nous ( en effet ses mâchoires ne sont pas assez puissantes pour percer la peau, mais à l'occasion d’une manipulation maladroite, il se peut qu’il glisse entre vos doigts, et parvienne à attendre une partie plus fragile de vos doigts, le venin causera alors une sensation brûlante et aiguë et vous n'oublierez pas de sitôt cette morsure.
LES ECHINODERMES LES OURSINS

Le mot échinoïde vient du grec "ekhinos", hérisson, que lui confère son aspect évocateur. La pénétration provoque une vive douleur, soulignée par la plupart des auteurs ; les piquants, fragiles, cassent et abandonnent leur extrémité dans les tissus cutanés et sous-cutanés.
Il ne faut surtout pas essayer d’enlever les morceaux d’épines sous peine de les voir se casser à l’intérieur de la peau, ou s’enfoncer encore plus profondément.
Il faut immédiatement consulter un médecin pour les ôter totalement, dans le cas contraire l’infection est assurée. A noter que des espèces telles que Diadema setosum, le Toxopneuste pileolus ou Tripneuste sont très venimeuses et donc à proscrire de nos bacs.
LES MOLLUSQUES
LES CONES TOXIQUES
Ce petit paragraphe s’adresse surtout à ceux qui pourraient avoir la chance d’aller dans des contrées lointaines et exotiques où vivent ces mollusques, y faire de la plongée et être tenté d’en ramener un aux fins de l’acclimater dans son bac… autant le dire tout de suite c’est une très mauvaise idée !!
Liste de cônes très dangereux : - C. Geographus - C. Tulipa - C. Striatus - C. Textile - C. Aulicus - C. Auratus - C. Magnificus - C.Obscurus
Mécanisme de l'envenimation.

"L’appareil venimeux se compose d’une volumineuse glande, la glande de Leiblin, d’un canal glandulaire siège de l’élaboration du venin, de la radula contenue dans une gaine, et se terminant à leur pointe par un harpon. Lorsque le cône chasse, une dent est engagée dans la trompe. Celle-ci est exsertile et se projette en avant pour implanter dans la proie la dent qui se fiche dans la chair de l'animal attaqué. ….L'action est paralysante. Le venin agit en effet au niveau de la plaque motrice, c'est à dire l'endroit où la terminaison d'un neurone moteur touche le muscle et par des mécanismes complexes entraîne la contraction musculaire. Lorsque le venin infiltre la plaque motrice, deux mécanismes surviennent alors: tout d'abord une hyperexcitabilité du muscle avec tétanie puis blocage de l'influx nerveux avec une paralysie complète du muscle".
CONDUITE A TENIR EN CAS D’ENVENIMATION
Nettoyage de la plaie
Le nettoyage de la plaie, dans un premier temps à l’eau , puis à l’aide d’une solution antiseptique est toujours impératif. Il sera accompagné si possible de l’extraction d’éventuels fragments d’épines …mais il vaudra mieux confier cette dernière tâche à son médecin.
Utilisation d’une source de chaleur
Les venins de la plupart animaux cités étant tous considérés thermolabiles, une exposition du membre blessé à la chaleur est proposée par la plupart des auteurs quelle que soit l’espèce en cause, selon deux méthodes :
- Immersion de la région atteinte dans de l’eau aussi chaude que possible, sans dépasser 40°C
- Exposition de l’orifice de piqûre à l’extrémité incandescente d’une cigarette, maintenue à environ 5 à 10 millimètres de la peau. Cette exposition sera de préférence discontinue, afin de diminuer les risques de brûlure.. la manipulation devra être faite de préférence par une autre personne que la victime ( qui en sera, vu la douleur, certainement incapable)
Le choix de l’une ou l’autre méthode dépendra des moyens disponibles et du type d’envenimation, la cigarette semble donner de bons résultats sur les piqûres de ptéroïs.
Traitement de la douleur
La stratégie thérapeutique sera adaptée aux circonstances. Les antalgiques sont dans de nombreux cas d’un usage décevant.
Autres traitements médicamenteux
Les antibiotiques. Les antihistaminiques Les héparines Une injection antitétanique sera peut être si nécessaire.
CONCLUSION Même s’il est rare de posséder certaines espèces venimeuses citées ci-dessus, il faut toujours se tenir sur ses gardes lorsque l’on plonge la main dans son aquarium, les animaux cachés dans les pierres vivantes peuvent nous réserver des surprises douloureuses et une réaction défensive imprévue est toujours à envisagée. Et surtout, si vous êtes en possession de l’un de ces espèces, prenez soins d’en donner le nom latin exact à une personne de votre entourage, qui le cas échéant, pourra le transmettre à votre médecin pour qu’il puisse obtenir l’anti-poison nécessaire auprès de l’Institut Pasteur.
BIBLIOGRAPHIE
Pour plus de renseignements
http://www.clsc-sdchamplain.qc.ca/csv/prevention/envenimation.htm
http://perso.wanadoo.fr/aresub/medecinesubaquatique/dangersfaune/envenim/envenim.htm
http://www.ands.dz/insp/scorpion2001.pdf
http://www.bmc.nc/web_31/BM3121.HTM
http://www.chru-lille.fr/cap/ca5-00mars1.htm
http://medecinetropicale.free.fr/cours/envenimations_animaux_marins.htm
http://www.absolute-guide.com/sante/web_scimed002/web/morcure%20animaux.html
http://www.cimed.org/QuestionSante/InsectesEtAutresPiqueurs.html
http://www.hellodocteur.com/plongee/E.htm
http://www.doctissimo.fr/html/sante/encyclopedie/sa_1601_poissons_veni.htm
http://fmf.affinitesante.com/affiche_fmc.asp?articleID=704&CID=46
http://www.lnc.nc/webpress4/Articles/20010120/A3282.asp.......
L’aquarium marin tropical de Franck Graaf éditions bordas
Atlas de l’aquarium marin de Hans A. Baensch et Helmut Debelius
Guide pratique de l’aquarium tropical de Hans A. Baensch
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