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Installer un bac berlinois
Date: 27 Octobre 2001 à 06:58 Sujet: Techniques de maintenance
De la théorie à la pratique
Méthode Berlinoise
La méthode berlinoise est originaire d’Allemagne. Elle a été conçue par l'Association d'Aquariophilie Marine de Berlin, qui compte dans ses rangs des membres célèbres comme Dietrich Stüber, conjointement avec Peter Wilkens en Suisse. (voir l’article La méthode Berlinoise par Steph, pour la théorie).
C'est un système naturel où la filtration est assurée par les pierres vivantes et le sable vivant qui sont soutenus dans leurs fonctions épuratrices par un certain nombre d'artifices techniques dont l’écumeur. Son but premier est l'élimination des déchets avant leur transformation. Un certain nombre d’éléments extraits de l'eau par les invertébrés comme le calcium, le strontium, l'iode et d'autres oligo-éléments doivent être remplacés. Cette méthode repose en partie sur le matériel.
Avec une bonne installation, un entretien régulier ainsi qu'une attention particulière envers les hôtes du bac, et de la patience, le monde du récifal s’ouvrira à vous.
C'est à travers cet article, que je vais tenter de vous expliquer la conception d’un bac type (de 400 litres), et de son fonctionnement.
Principe

En pratique
Cuve principale

Il est souhaitable de choisir une cuve plus profonde que haute, ce qui permet l’installation d'un décor volumineux et réaliste, indispensable pour l’équilibre de l’aquarium. Ainsi, le volume de pierres vivantes ne prendra pas tout l’espace disponible et laissera une bonne zone de libre pour la nage de l’ichtyo faune. Pour la hauteur, 60 cm est l’idéal et permet :
- une bonne illumination de l’ensemble de l’aquarium par le système d’éclairage,
- facilite l’accès au plus profond de l’aquarium.
Un volume proche de 300 à 400 litres semble être un minimum pour s'assurer d’une stabilité sans trop d’opérations de maintenance.
Pour notre exemple, nous prendrons une cuve de 120x60x65.
Les renforts de la cuve
La meilleure solution est de concevoir une cuve sur mesure, sans les renforts centraux, car des croûtes de sel se forment en dessous et créent des zones d'ombre. Si vous ne placez pas de renforts, l'épaisseur du verre de la cuve sera forcément plus importante, ou renforcée par des bandes de verre le long des vitres frontales.
La décantation
La cuve annexe (décantation) est un aquarium plus petit. En tout cas, elle doit avoir la capacité de recueillir un tiers du volume total de la cuve principale en cas de panne électrique ou de la pompe de remontée. Les différentes connexions entre la cuve principale et la décantation sont généralement réalisées avec des tuyaux en PVC de diamètre 40 aux normes alimentaires (PVC noir). Précisons qu’il est tout à fait possible de gérer un aquarium récifal sans avoir cette cuve de décantation annexe, en localisant l'équipement dans l’aquarium lui-même.
Débordement et décantation
La solution la moins onéreuse, c'est d'inclure le système de trop-plein dans un coin de l'aquarium. Pour éviter les problèmes de bruit causés par l’aspiration d'eau et d'air, il est préférable d’ajouter au système une vanne de débit. Si au niveau du tuyau d'aspiration un phénomène de tourbillon apparaît, il faut augmenter le niveau de l'eau.
Pour alimenter cette décantation, il faudra impérativement mettre un système de trop-plein qui permet de prendre l'eau de surface. Ceci permet d’éliminer la pellicule de poussière et de gras qui se trouve en surface. Pour éviter que des petits animaux ne tombent dans le système de débordement, il faut un peigne de sécurité à son entrée.
Support
Le support est généralement en métal traité contre la rouille, le plus protégé possible. Bref, il faut un support solide, stable et bien horizontal. Celui-ci doit permettre l’installation de la partie technique sous le bac.
La décantation
Vous devez avoir une cuve de décantation assez grande pour loger le matériel, et la zone de décantation. Le but premier, c’est de décanter. Pour cela il faut une zone morte afin que les sédiments tombent sur le fond, et une zone libre pour les appareillages techniques. La remontée de l’eau doit être réalisée avec une pompe de puissance type Eheim.
Les auxiliaires techniques
Ecumeur
Le principal d’entre eux est l’écumeur(voir article sur Le principe de l'écumage). Son rôle est d’absorber les déchets organiques afin de les éliminer. Il joue aussi un rôle de régulateur de gaz dissous par un échange efficace avec l’atmosphère. L’équilibre oxygène/gaz carbonique est vite atteint et stabilise ainsi le pH. Vous l’aurez donc compris, cet équipement est indispensable sur cette méthode. D'une manière générale, les fabricants surdimensionnent les capacités de traitement de leur machine, et il faut très souvent diviser par trois les valeurs indiquées pour assurer une bonne maintenance de SPS. Les meilleures marques actuelles sont Deltec, Euroreef, Aquavie. Il existe quelques bricolages intéressants qui ont fait leurs preuves, ( SuperSkimmer de Claude Hug, par exemple). Pour notre bac, un DELTEC AP650, Euroreef2001, ou Aquavie PS 700 sont un bon choix.
Brassage
Le deuxième point est l’efficacité du brassage. Il consiste à reproduire un hydrodynamisme naturel. Il permet d’apporter des aliments et des substances nutritives aux animaux fixés, de les débarrasser de leur mucus et de leurs déchets. Le brassage permet également le contact air/eau en surface assurant ainsi une bonne oxygénation. Il est d'usage de réaliser un volume de brassage correspondant de 15 à 20 fois le volume du bac. Pour notre bac, nous choisirons un brassage de 6000 L/H, Avec des MJ1000 sur pulseur (type Mars), ou des Tunze en mode pulsé. Dans l’installation, les pompes seront placées dans les extrémités, en haut, opposées les unes aux autres afin de créer des courants contradictoires et turbulents. Il faut orienter le flux vers la surface afin d'améliorer les échanges gazeux. Il est également possible de positionner une pompe sous le décor afin de créer une mise en suspension des sédiments. Veillez à ce que toutes les pompes soient accessibles pour l’entretien. Il est important de mettre des crépines sur les pompes afin d'éviter qu'un animal se fasse happer.
L’éclairage
Les HQI sont bien adaptés à l'aquarium récifal en produisant un éclairage puissant pour des animaux gourmands et exigeants (voir article L'éclairage par HQI). Le spectre des ampoules 10 000 K est très riche dans les bleus, ce qui donne un aspect visuel très intéressant et proche de celui régnant dans le récif par 5 mètres de profondeur. Sous ces ampoules, les coraux s'épanouissent, et revêtissent une coloration des plus agréables. On considère que pour un bac mixte de LPS-SPS et coraux mous, une moyenne de 1 watt pour 2 litres est suffisante, par contre si vous ne voulez faire que du SPS, l’idéal est de passer à 1 à 2 watts par litre. Donc pour notre bac un 250 Watts en 10000° suffit, mais pour un bac spécialisé en SPS un 400 watts en 10000° est très fortement conseillé. De plus, on accroît l’effet visuel en ajoutant un ou deux tubes actiniques bleus, du type TL3, Osram 67, Actireef etc.
La photopériode doit être d'environ 10 à 12 heures avec un allumage et une extinction progressive grâce aux tubes bleus par exemple.
La température
La température joue deux rôles biologiques essentiels. Le premier est la thermo-régularisation corporelle des animaux que nous hébergeons. Le second agit sur la solubilité de l'oxygène dans l'eau.
Il est beaucoup plus facile de chauffer son bac (à l’aide de thermistances) que de le refroidir. En ventilant la surface de l’eau, on augmente de manière sensible le taux d'évaporation, ce qui provoque un refroidissement de l’eau entre 1 et 3°. Cette méthode permet aussi de dissiper la couche de chaleur qui reste entre l'eau et la lampe. Je vous conseille donc de ventiler afin de parer à toute hausse de chaleur estivale.
Compensation de l’évaporation
Il faut aussi prendre en compte le taux d’évaporation, donc il est indispensable d’avoir un système (osmolateur), afin de compenser cette évaporation avec de l’eau douce (osmosée de préférence). Si vous voulez utiliser un réacteur à Hydroxyde, il faut obligatoirement posséder un osmolateur (cet appareillage est très facilement bricolable).
Dans le cas de l'aquarium récifal destiné à accueillir des SPS et des LPS, il est courant d'ajouter des auxiliaires techniques quelques mois après l'installation et de recourir à l'ajout supplémentaire de quelques oligo-éléments. En effet, dans un aquarium, le taux de calcium chute immanquablement et les coraux durs, les bénitiers et bien d'autres organismes en souffre. C'est un des paramètres très important à contrôler et à corriger à l’aide d’appareillages spécifiques.

Eau de chaux, réacteur à Hydroxyde
Cette technique mise au point par Peter Wilkens, permet un apport d'ions calcium utiles aux coraux durs et aux coraux mous. L'apport d'eau de chaux favorise la régénération des bicarbonates et donc de maintenir une certaine dureté carbonatée. Enfin, cet apport neutralise les phosphates en les précipitant sous forme de phosphates de calcium insolubles. Cet apport est effectué grâce à l'usage d'un réacteur. Son principe est de dissoudre de l’hydroxyde de calcium avec de l'eau. On compense l'évaporation du bac par cette eau de chaux.
Réacteur à calcaire
Le principe est de dissoudre un support calcaire (sable de corail ou d'aragonite) grâce à du gaz carbonique. Le support est alors transformé en calcium et en bicarbonates. On utilise un réacteur qui possède une chambre dans laquelle circulent l'eau et le gaz carbonique, et une petite partie d'eau se déverse dans l'aquarium. Attention, l'apport de gaz carbonique exagéré peut conduire à une baisse du pH et participer à l'apparition d'algues indésirables. L'usage d'un pH-mètre électronique couplé à une électrovanne réduit les risques. Le pH optimal de l’eau pour la dissolution du support calcaire est 6,5.
Strontium et oligo-éléments etc.
Le strontium est un élément (8 mg/l) de l'eau de mer et voit sa concentration décroître rapidement en bac récifal. Il se retrouve dans le squelette calcaire des coraux durs. L'iode est également un élément important qu'il faut ajouter via une solution d'iodure de potassium. Il est également possible d'ajouter tous les autres oligo-éléments contenus dans l’eau de mer naturel. Des solutions du commerce permettent d'assurer ces manques.
Les auxiliaires naturels
Les pierres vivantes
Le rôle des pierres vivantes est vital. Ces pierres sont constituées de squelettes de coraux et de conglomérats de sédiments durcis par le temps. Plus elles sont poreuses et plus elles sont capables d'abriter des micro-organismes indispensables à la réalisation des cycles de dégradation. En plus des nombreuses espèces d'organismes pluricellulaires qu'elles abritent, elles sont le support d'un grand nombre de bactéries (Nitrosomonas et Nitrobacter) que l'on connaît bien, puisque elles sont responsables de la nitrification. A proximité des zones aérobies où résident ces bactéries, il existe des zones anaérobies qui sont colonisées par d’autres bactéries utilisant les nitrates comme source d'oxygène, participant ainsi à la dénitrification. Ces pierres vivantes, quand elles sont présentes en quantité suffisante (environ 20 kg de pierres par tranche de 100 litres d'eau), vont jouer à la fois le rôle de filtre biologique et de dénitrateur. Il est possible d’associer les pierres vivantes avec des "pierres mortes" pour diminuer l’investissement. En effet, les "pierres mortes" deviendront vivantes par effet de la colonisation, mais cela reculera d’autant l’équilibre et la stabilité de l’écosystème.
Mise en route du bac
Tout d’abord on remplit l’aquarium d’eau osmosée. Il est fortement conseillé d’ajouter un sel "pauvre", par opposition à une formule enrichie, même s’il s’agit d’un bac qui hébergera des invertébrés. Dans les premières semaines de l’aquarium, l’eau contient des nutriments à des concentrations telles que les oligo-éléments en surplus ne feront que faciliter la croissance des algues. Après quelques jours, une fois la densité (1024-1025) et la température (26-28°) stabilisées nous pouvons introduire les pierres vivantes. Nettoyez-les délicatement (à l'eau de mer) en enlevant les sédiments, et tout ce qui sent mauvais ou qui semble suspect. Empilez-les dans le bac, de façon à ce que l'eau puisse circuler entre elles. Laissez l’ensemble tourner pendant deux semaines sans y toucher,avec un éclairage au HQI de 10 heures par jour et l’écumage. Vous sauvegardez ainsi une grande partie de la faune qui se trouve dans les pierres.
Au bout des deux semaines, déplacez les pierres, enlevez les sédiments et construisez un décor ménageant à la fois des surfaces dédiées à recevoir vos futurs coraux, des grottes, failles et autres cachettes pour les poissons et crustacés, tout en veillant à faciliter le passage des courants d'eau, afin de limiter ainsi les zones mortes. Vous pouvez aussi introduire un fond en sable de corail ou d'aragonite.
Nous pouvons envisager d'acclimater les premier pensionnaires invertébrés. Tout d’abord les détrivores herbivores tel que les Astrea tectum. D’après Julian Sprung et J. Charles Delbeek un individu pour 4 litres d'eau est une bonne base. Trochus est également un escargot herbivore, ainsi que les Turbo. Enfin, les petits bernard-l'ermite (pattes bleues ou pattes rouges) sont de très bons herbivores et éboueurs du bac. Leur présence est obligatoire en assez grande quantité. Les étoiles de mer (ophiures) ont également un rôle essentiel à jouer comme transformateurs de sédiments et de déchets.

L'installation est terminée et la période de maturation est largement entamée. Il faut encore attendre quelques semaines pour que la stabilisation soit parfaite. Il est assez merveilleux d'observer les transformations, les phases de pousse et de réduction des algues, de voir le sable devenir vivant et d'observer la colonisation des algues calcaires (coralines). A ce stade vous pouvez commencer avec prudence le peuplement de l’ichtyo faune, les coraux et autres invertébrés.
Voilà, ce n'est pas plus difficile que ça de monter un bac berlinois, et cela vous permettra d'héberger n'importe quel animal grâce à une qualité d'eau incomparable.
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